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Les Universités doivent s'orienter vers une recherche pragmatique PDF Imprimer Envoyer
Écrit par SP   
Vendredi, 16 Octobre 2009 09:22

Tags: Business incubators | CNRS | fraunhofer | Recherche pragmatique | Time to market | Universités | Universités allemandes

Les Universités doivent s'orienter vers une recherche pragmatique afin de répondre aux besoins des entreprises.

C’est une évidence : l'Europe n'atteindra pas d'ici à 2010 l'objectif de 3 % de R&D par rapport au PIB fixé en 2000 par l'Union européenne (sous le nom de « Stratégie de Lisbonne »). La France fait partie des « mauvais élèves » : les dépenses de R&D qui représentaient 2,06 % du PIB en 1995 en étaient à 2,2 % du PIB en 2007. Principal coupable, d’une part la gestion des financements publics et d’autre part l'absence de structures capables de générer un flux croissant de financements privés pour la recherche appliquée.

Deuxième constat, l’avènement des techniques de l’information et de la communication (TIC), ainsi que l’émergence des biotechnologies et des nanotechnologies ont bouleversé la classification traditionnelle des domaines scientifiques et technologiques. Parue en 2007, la classification révisée du manuel de Frascati dresse justement la liste des nouvelles sources des domaines scientifiques et technologiques.

En conséquence depuis une décennie, grâce à l’avènement des nouvelles technologies d’une part et la difficulté des pays européens et d’Amérique du Nord à se lancer dans une politique totale d’innovation d’autre part, la frontière entre les pays dits « développés » et les anciens pays du tiers monde a quasi disparu pour laisser la place aux pays en voie de développement, tels que la Chine, l’Inde ou le Brésil.

Depuis, les firmes européennes et américaines se sont engagées dans un processus obligatoire d’innovation leur permettant de rester compétitives par rapport à la concurrence dans un contexte global. Désormais le but est une course contre la montre afin de maintenir cette avancée technologique et de répondre à des enjeux majeurs :

  • Premier enjeu : réduire le time to market. De l’idée au produit, le temps doit être le plus court possible au risque de se faire imiter voire, pire, dépasser.
  • Deuxième enjeu : repositionner l’effort de R&D entre la recherche dite fondamentale, principale activité des universités des pays occidentaux, vers une recherche appliquée aux besoins des firmes.

En France, les universités ne sont pas assez impliquées dans une recherche pragmatique aux besoins des entreprises. Si la France a raté le virage de la R&D, c’est qu’elle s’est concentrée sur des objectifs de recherche fondamentale au détriment de la recherche appliquée. Elle y connaît un certain succès certes, mais la relation entreprises universités doit être améliorée. C’est d’ailleurs l’objectif de la « Loi relative aux libertés des responsabilités des universités » (Loi LRU) du 10 Août 2007.

Selon un rapport du Sénat de juin 2008, « les deux singularités de la recherche française  tiennent d'une part à l'existence du CNRS (établissement sans équivalent dans le monde), et, d’autre part, au statut de fonctionnaire de la grande majorité des chercheurs.»

Focus  1 - Le cas de l’Allemagne

En Allemagne, les relations entreprises - universités puisent leur origine dans une vieille tradition. Il ne s’agit plus simplement de financer des programmes de recherche, dans le cadre des modèles de transfert technologique éprouvés au sein des instituts de recherche universitaires, des Fraunhofer Institut (recherche appliquée) et Max Planck Institut (recherche fondamentale). Aujourd’hui, les entreprises s’ingèrent dans les cursus universitaires, notamment en finançant des chaires.

Quelques exemples avec les firmes Merck, BASF, SAP, Philips ou Siemens :

L’université Heinrich-Heine de Düsseldorf

Les laboratoires Merck viennent de concéder 25 millions d’euros à l’université. Un tiers de ce fonds versé sur dix ans sera alloué à la construction de nouveaux bâtiments, le reste servira à la rémunération de six professeurs et d’une douzaine de chercheurs.

L’université de Francfort

Cette université a été créée par les bourgeois de la ville, en particulier par ses banquiers. Face à la déroute financière des universités allemandes, les entreprises ont fait un retour en force avec des velléités affirmées : former des cadres adaptés à leurs besoins immédiats et initier des programmes de recherche et développement, le plus souvent à court terme.

L’université de Lübeck

Elle doit sa spécialisation en matériel médical à l’implication de groupes tels que Siemens et Philips ou de la société locale Dräger.

L’université de Münster

A Münster, le géant allemand de la chimie, BASF, dispose d’une unité de production de peintures dans la région et projette d’installer prochainement un laboratoire sur le campus.

Autres exemples : à Würzburg, création d’un amphithéâtre à l’enseigne d’Aldi, le grand distributeur discount, qui en a financé la rénovation, et enfin à Potsdam, un institut universitaire porte le nom de son bienfaiteur, Hasso Plattner, le créateur du groupe informatique SAP…

Focus 2 - Le cas de l’Angleterre

Poussiéreuses il y a 30 ans, les universités britanniques sont parvenues à reformer leur modèle universitaire et leur système de recherche à la fin des années 70. Depuis, les universités britanniques sont devenues des marques actives et largement tournées vers la création d’entreprises grâce au triptyque : université, recherche, entreprise.

Le « New Science and Innovation Strategy », consiste à renforcer les liens entre instituts d’enseignement supérieur et entreprises. Ces interactions prennent différentes formes. Bien que les établissements supérieurs soient des organismes financés par l’État, ils sont fortement encouragés à trouver de l’argent ailleurs. Et chaque université est libre de procéder comme elle le souhaite.

Des « business incubators »

Outre les techniques traditionnelles de mécénat ou de recherche de fonds, telles que le sponsoring d’un amphi ou de locaux, et les dons privés provenant d’anciens étudiants (Alumni) ou d’organisations caritatives, la tendance des dernières années est au développement de business parks sur les campus. De nombreuses universités ont commencé à louer des espaces ou des locaux, créant ce qu’elles appellent des business innovation centres ou business incubators. Dans la plupart des cas, elles ne se contentent pas d’être des agents immobiliers, elles promeuvent aussi les services que leur établissement peut fournir aux entreprises : consultations, utilisation de laboratoires, organisation d’ateliers, conférences et formation. 
L’université de Cambridge, vers un campus intégré

La prestigieuse université de Cambridge – 800 ans cette année - est un modèle précurseur dans la lignée des business innovation centres. L’un de ses établissements spécialisé dans la biochimie et la biotechnologie accueille déjà une trentaine d’entreprises (de la start-up à la PME), tout en conservant son indépendance en matière de recherche. Un des prochains objectifs majeurs de l’université est d’intégrer un ou deux représentants de grands laboratoires pharmaceutiques sur le campus et de créer ainsi une chaîne complète : de la conception d’un produit à sa commercialisation.  Les entreprises installées sur le campus sont encouragées à utiliser les services spécifiques que l’institut peut leur apporter : consultations, infrastructures techniques (laboratoires), conférences et symposiums. De leur côté, les entreprises s’impliquent en sponsorisant des étudiants, en embauchant des chercheurs sur des projets à moyen ou long terme.

L’université de Manchester, en partenariat avec IBM

Fin 2005, IBM a signé un contrat avec l’université de Manchester. Le géant de l’informatique intervient dans trois domaines : la recherche, la préparation des futurs diplômés au monde du travail et la formation.

Focus 3 - Le cas des Etats-Unis

Contrairement aux idées reçues les entreprises américaines ne contribuent que marginalement à financer la recherche universitaire, et les patrons d’outre atlantique ne cessent de demander à l'état d'assumer ses responsabilités. À partir des années 1980, le gouvernement de Ronald Reagan, idéologiquement engagé dans le combat contre le tout État, avait certes fortement incité les universités à recourir aux fonds privés plutôt qu'aux fonds fédéraux. Mais lesdits fonds privés ne vinrent jamais massivement des entreprises, comme le prouve l'évolution du lancement de la recherche fondamentale depuis 25 ans aux États-Unis.

La situation peut donc paraître paradoxale : ceux qui font appel aux entreprises pour financer la recherche européenne renvoient volontiers à l'exemple étatsuniens, alors qu'aux États-Unis les discussions portent principalement sur le rôle de l'État fédéral et son engagement financier. Finalement, le constat est le même : tous réclament plus de moyens publics pour financer la recherche.

Bien entendu des contre exemples célèbres existent :

Les relations du Massachusetts Institute Technologie (MIT) avec des entreprises prestigieuses comme IBM, à l’Ouest des Etats-Unis, les relations privilégiées des entreprises de la Bay Area avec les universités de Standford (partenariat avec Intel) ou de San José (partenariat HP), ne sont que des exemples. Force est de constater que la participation des entreprises etatsuniennes au financement de la recherche dans leur pays était de 5 % en 2007, taux de participation d’ailleurs identique à celle de la France…

Conclusion :

Afin de favoriser l’excellence, stopper la fuite des cerveaux à l’étranger et aussi promouvoir une large base en formation technique, les entreprises anglaises et allemandes ont pris le problème à bras le corps. Depuis elles investissent dans les universités afin d’améliorer la formation professionnelle, de créer des chaires spécifiques et d’explorer de nouveaux champs de recherche. Ce n’est plus de la philanthropie mais du pragmatisme intéressé.
A travers ces modèles les entreprises Françaises disposent de suffisamment d’éléments pour appréhender au mieux la relation universités entreprises.

 
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