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Tags: Brevet | concurrence | innovation | international Transvidéo : Comment est-elle restée l’une des seules PME du paysage audiovisuel français ?
Après plusieurs passages dans le monde du cinéma, Jacques Delacoux a créé en 1985 Transvidéo. L’entreprise a mis quelques années avant de développer son marché à l’international. C’était une stratégie inévitable pour Transvidéo car le marché français n’était pas assez dynamique et il existait un mépris pour les PME. De suite, Transvidéo a été très innovante et a travaillé avec de grands groupes. Cependant, cette aventure s’est soldée par une spoliation du savoir - faire.
Aujourd’hui, Transvidéo emploie 15 personnes. La société a externalisé sa production, se concentrant sur son coeur de métier, la R&D.
Bertrand Terreux : Est-ce difficile pour une PME d’aller à l’international ?
Jacques Delacoux : Il existe des barrières à l’entrée dans certains pays comme l’Argentine et le Brésil. Habituellement, pour transporter des produits de démonstration, nous utilisons les carnets ATA. Cependant, ils ne sont pas reconnus au Brésil où il faut envoyer ses marchandises un mois à l’avance. Il faut compter un autre mois pour les récupérer avec un coût exorbitant.
Pour l’Argentine, c’est pire il faut s’acquitter des droits de douane.
A contrario, l’Europe est une vraie passoire qui laisse entrer l’ensemble des produits concurrents.
BT : Par quel moyen allez - vous à l’international ?
JD : Nous partons à l’international en propre ou avec des partenaires étrangers car en France, de nombreuses sociétés ont fermé.
Dans beaucoup de pays, nous sommes présents sur des salons avec des allemands, des Italiens et des Anglais. Notre stand commun permet de mutualiser les coûts et de proposer avec nos partenaires, une offre globale.
Il est dommage que ce type d'opérations ne soit pas aidé au niveau Européen.
BT : Quelle est la part de la R&D ?
JD : Nous allouons 30 % de notre CA à la R&D que nous réalisons en interne. La recherche partenariale marche bien dans d’autres pays comme l’Allemagne mais pas en France.
Nous investissons continuellement dans la recherche.
BT : Avez - vous choisi de déposé des brevets ?
JD : Nous avons déposé trois brevets car la concurrence est de plus en plus rude. Cependant, au lancement de notre activité, nous n’avions pas de stratégie de propriété intellectuelle car le coût était exorbitant et donc pas adapté aux PME. Ensuite, pour faire un brevet, il vous faut un expert spécialisé, c’est dur de trouver des compétences car ce n’est pas toujours évident de lui faire comprendre le caractère inventif et innovant d’un produit dans notre domaine qui est très spécialisé.
BT : Comment caractérisiez -vous la concurrence ?
JD: Elle est dure et multiple !
Nous subissons des copies de boutons, de noms, de fonctions, aujourd'hui nous présentons des innovations majeures pendant des salons, certains concurrents publient pendant le salon et annoncent la copie en s'appropriant l'invention ...
BT : Avez-vous recours à l’intelligence économique pour vous protéger ?
JD : Oui nous en faisons car nous subissons de nombreuses attaques. De plus, nous sommes internationalisés et n’oublions pas que nos concurrents ont l’habitude de cette démarche stratégique. Je fais notamment référence aux Etats - Unis.
Nous sensibilisons le personnel sur les appels entrants car nous en recevons de nombreux. L’objectif est d’obtenir des renseignements sur l’entreprise, le nom des responsables, notre chiffre d’affaires sur les différents continents, les produits, ce que nous achetons ou toutes informations qui mises bout à bout donnent des informations stratégiques sur ce que nous faisons.
La méthode employée consiste à se faire passer pour un ami du dirigeant, ou un membre d’une administration. Dernièrement une personne s’est faite passer pour un employé de Microsoft. L’homme a réussi à obtenir des informations jusqu’à ce que je décide d’intercepter l’appel et mettre fin à la conversation.
Nous avons une politique de sécurité informatique et des locaux.
BT : Avez - vous déjà connu un vol ?
JD : Une vingtaine dans la société et à mon domicile, je me suis fait volé mon ordinateur portable. Mon portefeuille était posé à côté pourtant les voleurs n’y ont pas touché. Un prototype de produit avionique a été dérobé dans un véhicule sans que d'autres bien monnayables le soit. C'est monnaie courante dans les marchés que nous fréquentons. Egalement sur des salons.
BT : En février 2009, vous avez reçu un Oscar technique par l'Académie du Film aux USA, quel rôle a-t-il joué dans votre développement ?
JD: Nous avions une certaine notoriété mais le prix a renforcé notre légitimité et notre notoriété. Il faut savoir que de nombreux concurrents souhaitent réinventer l’histoire et ce prix stipule que nous avons été les premiers à développer cette technologie.
Des concurrents n’hésitent pas à dire que la technologie était chez eux, que nous appartenions à leur ancienne équipe de R&D ou que nous volons leurs idées.
Ce prix remet les choses en place et il nous apporte beaucoup, notamment à l’international car dans la plupart des pays, cela compte. |