|
Tags: AOC | contrefaçon | Contrefaçon de vin | Contrefaçon produit du terroir | Identité Culturelle | Marque | Protection des marques | Terroir «La contrefaçon» mieux vaut la prévenir que la guérir !
La contrefaçon touche le plus souvent des produits manufacturés mais voila que nos produits du terroir se trouvent victimes de cette pratique.
La contrefaçon fragilise nos territoires en attaquant leur identité culturelle mais aussi gastronomique, en contrefaisant le vin, le fois gras et le sel de guérande. En laissant faire ces pratiques, nous donnons une légitimité et une visibilité aux contrefacteurs, le plus souvent chinois.
Nous avons identifié plusieurs modes opératoires et des stratégies de contournements mises en place par les contrefacteurs pour pénétrer les marchés, disposer d’une légitimité et d’une visibilité pour gagner des parts de marchés et s’installer durablement dans le paysage alimentaire.
Après avoir transféré nos technologies pour obtenir des marchés, allons nous laisser copier nos produits du terroir sans se mobiliser !
Cette semaine, vous découvrirez trois produits français victimes en toute impunité de contrefaçon par la Chine.
Notre premier exemple est le Fitou victime d’un ou de plusieurs contrefacteurs chinois. Pour vous présenter cet exemple, nous avons pris contact avec Jean-Marc Astruc Président de la coopérative de Mont Tauch.
Bertrand Terreux: Comment avez-vous internationalisé le Fitou en Chine ?
Jean-Marc Astruc: La commercialisation du Fitou en Chine s’est faite via des apporteurs d’affaires puis nous avons recruté en stage et par la suite embauché une déléguée commerciale chinoise. Elle était sous la direction de Ludovic Braconnier notre directeur export. Aujourd’hui, elle passe une partie de son temps en France et en Chine dans la maison du Languedoc basée à Shanghai.
Nous avons commercialisé trois conteneurs de 13 000 bouteilles d’AOC 2005 à un client qui par la suite a contrefait notre vin en Chine. Depuis 2009, nous exportons 200 000 bouteilles sur le sol chinois.
BT: Quelle stratégie aviez-vous choisi pour la Chine ?
JMA: Pour la Chine, nous avions défini une stratégie milieu et haut de gamme. Nous souhaitions développer une image de marque et une forte notoriété afin que le Fitou soit associé à un produit de luxe.
BT: Comment avez-vous détecté la contrefaçon du vin ?
JMA: Notre déléguée commerciale Mont Tauch pour la Chine a détecté les contrefaçons en recherchant les produits répertoriés sur internet.
Elle a identifié des vins qui n’avaient jamais été vendus à des revendeurs. Nous avons acheté des bouteilles et les avons analysées. L’oenologue a confirmé que ce n’était pas du Fitou.
BT: Quel a été le préjudice ?
JMA: C’est difficile de quantifier la perte occasionnée mais ce n’est pas tant le montant qui est le plus préjudiciable mais la dégradation de l’image de marque et de la valeur du Fitou en Chine.
Le Fitou que nous positionnons milieu et haut de gamme était vendu comme un vin de table par le contrefacteur. BT: Qu’avez-vous fait pour contrer ce commerce illégal ?
JMA: Premièrement, nous avons décidé de ne pas attaquer en justice car la Chine n’a pas signé les accords concernant la protection des marques. Cette stratégie nous aurait coûté de l’argent sans aucun effet à long terme.
Deuxièmement, nous avons choisi de déposer l'appellation, le blason et la forme de la bouteille. Cette stratégie nous semblait plus pertinente.
Cependant, en menant cette action, nous avions identifié qu’une démarche de dépôt d’AOC Fitou en Chine était en cours. L’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) a bloqué à temps la démarche chinoise.
BT: Que faîtes-vous aujourd’hui pour vous protéger de la contrefaçon ?
JMA: Avec le service marketing et un imprimeur, nous regardons à apposer sur nos bouteilles haut de gamme, une étiquette infalsifiable pour garantir la provenance.
De plus, nous veillons sur le marché chinois, au niveau des distributeurs et des importateurs. L'appellation Fitou n’est pas très étendue et les opérateurs sont connus. Nous avons la possibilité de savoir d’où proviennent les marchandises.
BT: En plus de contrefaire le Fitou, quelle stratégie a mis en place le contrefacteur ?
JMA: En plus de la contrefaçon, nous avons détecté que de nombreux points de l’histoire de notre territoire avaient réécrits sur internet pour modifier le passé historique autour du vin contrefait pour lui apporter de la visibilité et de la légitimité.
En mettant en pratique cette stratégie, l’objectif est de modifier la perception sur l’identité et la provenance du produit auprès des consommateurs.
Il existe de nombreux cas de contrefaçons c’est pourquoi, lorsque vous en identifiez une vous devez agir le plus rapidement possible afin d’endiguer son développement.
|