Originaire d’Outre-Atlantique, le LBO (Leveraged Buy-out ou en français « rachat par effet de levier »)  s’est développé en Europe dans les années 80 pour connaître un essor  phénoménal  en 2004. En France, le pic a été atteint en 2007. Les investissements en LBO, qui représentaient déjà environ 2,6 milliards d’euros au premier semestre 2005, devaient atteindre sur la même période plus de 5,5 milliards d’euros en 2007. Au final ce sont environ 67 milliards de dette LBO qui ont été accordés dans l’Hexagone en 2007 et près de 20 milliards en 2008.

Le LBO, c’est ce dispositif original qui permet le rachat d’une entreprise par des fonds d’investissement avec un fort recours à l’emprunt, dont le remboursement est supporté par l’entreprise elle-même. D’où un aspect essentiel de la réussite du LBO : la qualité de la société rachetée. Car cette dernière doit générer suffisamment de bénéfices pour couvrir les charges d’emprunt  et assurer le développement de l’entreprise.

Si ce mécanisme présente des avantages reconnus dans un contexte économique normal, il devient très risqué en période de crise.

Le Monde évoquait dans un article récent le cas de la société Desjonquères, qui depuis l’opération de LBO dont elle a fait l’objet en 2007, doit payer 40 millions d’euros d’intérêt. Situation devenue intenable avec la crise qui limite la croissance et donc les profits de l’entreprise.

Alors, compte tenu des sommes colossales en jeu, doit-on s’attendre à un nouveau séisme provoqué par les LBO? La France est-elle armée pour y faire face ?

Le niveau d’endettement des entreprises sous LBO devient difficilement supportable et les défauts de paiement se multiplient dans tous les secteurs économiques. Selon certains experts, près de 50% des sociétés sous LBO pourraient faire défaut au cours des trois prochaines années. Quant aux fonds, 20 à 40% des plus gros acteurs du LBO pourraient disparaître (Source : Le Monde). En difficulté eux-mêmes, les fonds ne sont plus toujours en mesure de remettre de l’argent dans l’entreprise et leur intérêt est moins d’assurer sa survie que de vendre leurs titres de dette aux conditions les plus favorables. Mais dans le contexte actuel, les sorties en Bourse, les cessions industrielles ou financières sont limitées voire impossibles. La marge de manœuvre apparaît donc réduite…

En France, de l’avis de certains spécialistes, les banques ont moins provisionné le risque LBO que les banques étrangères. Pourtant les portefeuilles sont loin d’être négligeables : 8,9 milliards d’euros pour BNP Paribas, 6,5 milliards pour le Crédit Agricole, 6,2 milliards pour Natixis et 5,6 milliards pour la Société Générale au niveau mondial. Et les pronostics ne sont guère réjouissants. Aujourd’hui, on estime que le tiers des crédits LBO au minimum sont en rupture de « covenants». 30 % à 35 % ont fait défaut en 2008 et un tiers si ce n’est plus, ne seront probablement pas remboursés dans les deux ou trois ans à venir (Source : Les Echos).

Le projet des grandes banques françaises  de créer une structure de défaisance où elles logeraient leur portefeuille de LBO permettra-t-il d’endiguer la menace ? « Un tel mécanisme leur permettrait d’entrer au capital des sociétés en crise mais en confiant la gestion à une structure mutualisée.  La structure serait détenue et financée par les banques elles-mêmes, les pouvoirs publics n’étant, pour l’instant, pas impliqués » (Source : Les Echos).

Quoi qu’il en soit, raz-de-marée annoncé ou dommage collatéral de la crise, le mécanisme du LBO a révélé des limites qui vont coûter cher !